L’apprentissage, une voie royale vers l’emploi

Permettant d’alterner moments de formation et travail salarié en entreprise, l’apprentissage demeure une formation de très grande qualité, bâtie sur un modèle gagnant-gagnant. Ses nombreuses qualités doivent inciter à un effort général des pouvoirs publics pour son large développement au sein des entreprises.  

Objectif 500 000 apprentis en 2017. Ce chiffre ambitieux est un jalon marquant du Pacte national pour la croissance, la compétitivité et l’emploi et témoigne à lui seul de l’ambition de mettre rapidement l’apprentissage sur le devant de la scène. Pour pérenniser cette voie d’excellence, il y a urgence à agir. Après une baisse de 8% du nombre d’apprentis en 2013, la chute s’est poursuivie en 2014 : – 4,4%…

Une formule gagnant-gagnant

Le fossé entre la formation initiale et le monde de l’entreprise est à l’origine de nombreuses difficultés d’insertion professionnelle des jeunes. Rechercher un emploi, réussir son entretien d’embauche et apporter rapidement une plus value à son entreprise constituent des tâches bien délicates pour celui qui, sortant des études, n’y a jamais été confronté directement. Le manque d’expériences professionnelles significatives agit, dans ce cas particulièrement, comme un véritable obstacle à l’emploi.

Face à ce problème, l’apprentissage demeure la solution idoine. Relevant de la formation initiale (là où le contrat de professionnalisation s’inscrit dans le cadre de la formation continue), le contrat d’apprentissage permet aux jeunes de 16 à 25 ans d’alterner des moments de formation dans une école, une université, un CFA, avec des phases de présence en entreprise. En plus d’être le biais idéal pour entrer dans le monde du travail et la vie active, l’apprentissage permet donc aux jeunes de se former grâce à la réalité du « terrain », et d’intervenir en réponse directe aux besoins d’une entreprise. Les chiffres viennent en témoigner : 90% des formations en apprentissage aboutissent à un CDI.

Du côté de l’entreprise, les avantages sont nombreux. Elle bénéfice d’un employé rémunéré à un pourcentage du smic et d’une exonération de charges sociales, reçoit une aide publique ainsi qu’un crédit d’impôt. Surtout, l’apprentissage permet à l’entreprise d’accroitre efficacement sa capacité de travail grâce à un collaborateur rapidement opérationnel tout en inscrivant sa formation interne dans une logique durable et pérenne, puisque les possibilités d’embauche au sein de la même structure sont réelles.

Malheureusement, l’apprentissage est encore victime d’un déficit de confiance, voire tout simplement de connaissance de la part des entreprises.  « Il y a un besoin urgent : celui de redonner confiance aux entreprises, de les rassurer et, surtout, de leur montrer les immenses bénéfices qu’apporte l’accueil d’un apprenti. » explique Jean-Claude Bellanger, secrétaire général des Compagnons du Devoir et du tour de France qui forme en ce moment 5000 apprentis, et espère voir ce nombre augmenter de 20% à la rentrée prochaine. Pour envisager sa réelle massification, il est donc nécessaire que les mentalités autour de l’apprentissage évoluent, et que des changements importants interviennent afin d’inciter plus nettement les entreprises à y avoir recours. 

Remettre l’entreprise au cœur du dispositif

De nombreuses entreprises connaissent pourtant bien l’existence et les bienfaits de l’apprentissage, notamment les plus importantes en terme de taille puisque la loi contraint celles de 250 salariés ou plus à recruter au minimum 4% d’apprentis au sein de leur effectif moyen annuel. Malgré cela, l’apprentissage peine à prendre son envol. Cette réalité est d’autant plus écrasante que certains de nos voisins européens (Suisse, Autriche, Allemagne) ont su développer massivement ce mode de formation. La lourdeur administrative pour le recours à un apprenti demeure une des raisons principales de ce manque d’élan. Les entreprises doivent pouvoir compter sur un allégement législatif leur permettant d’embaucher plus facilement, ainsi qu’une meilleure lisibilité et simplification du financement de l’apprentissage, et dans le choix de l’affectation de leur taxe d’apprentissage, notamment en Ile-de-France et Languedoc Roussillon, qui ont amendé le processus par décret.

Plus généralement, le développement de l’apprentissage en France ne peut pas s’envisager sans la prise en compte d’un besoin central : remettre l’entreprise au cœur du dispositif. Car, au delà même de la lourdeur administrative qui nuit aux velléités des employeurs dans l’utilisation du dispositif, un problème plus profond se pose : le manque d’adéquation entre les diplômes préparés et les réalités effectives de la vie d’entreprise et ses besoins au quotidien. Il est donc essentiel de pouvoir compter sur la co-construction des diplômes nationaux, émanant d’un dialogue constructif entre l’Etat et les branches professionnelles. Ceci permettrait de former les futurs professionnels en fonction des besoins réels d’un secteur, et de mieux s’adapter à un marché de l’emploi en perpétuelle reconfiguration.

Le challenge offert par le développement de l’apprentissage doit inciter à la création d’un « Pacte national pour l’apprentissage » réunissant Etat, Régions, et organisations d’employeurs autour de ce projet commun. Ce n’est qu’au prix d’une véritable poussée collective que la voie d’excellence vers l’emploi que constitue l’apprentissage se développera pleinement.

vendredi 3 juin 2016