Le numérique, un nouveau levier de lutte contre l’illettrisme

La lutte contre l’illettrisme représente un enjeu particulièrement important dans le monde du travail. L’Agence Nationale de Lutte Contre l’Illettrisme (ANLCI) le définit comme une situation concernant des personnes qui ont suivi une scolarité en France et à l’issue de laquelle ils n’ont pas acquis une maîtrise suffisante de la lecture, de l’écriture, du calcul et des compétences de base, les empêchant ainsi d’être autonomes au quotidien, que ce soit dans le domaine professionnel, la vie personnelle ou la vie sociale.

Actuellement, 7% de la population française âgée de 18 à 65 ans est touchée par l’illettrisme.  Contrairement à ce que l’on pourrait penser, l’illettrisme n’est pas uniquement un obstacle à l’insertion professionnelle des demandeurs d’emploi. Il a aussi des conséquences quotidiennes sur le fonctionnement des entreprises. En effet, plus de la moitié des 2,5 millions de personnes en situation d’illettrisme exercent une activité professionnelle, et sont ainsi freinées dans l’exercice de leur métier par leurs lacunes, souvent à l’insu de leur employeur.

L’illettrisme, un vrai problème au sein des entreprises

L’illettrisme est un obstacle important dans le milieu professionnel, quel que soit le niveau de qualification des employés au moment de leur recrutement. Catherine Le Floc’h, responsable d’une agence de service à la personne O2, en témoigne : « J’ai tenté de recruter une jeune femme en situation d’illettrisme. Mais beaucoup de nos clients ne sont pas à leur domicile quand la femme de ménage vient et celle-ci doit être capable de lire des consignes écrites pour réaliser correctement ses tâches ».

Face à ces contraintes, la réponse ne semble pas évidente, tant du côté de l’employeur que du salarié. L’entreprise tente souvent de passer outre l’obstacle de l’illettrisme en proposant des stratégies dites « de contournement », basées sur la reconnaissance visuelle au moyen de codes couleurs ou de symboles par exemple. Le salarié, quant à lui, cherche à cacher ses difficultés par honte ou pour ne pas compromettre sa situation professionnelle. Toutefois, face à une société en pleine mutation numérique, ces solutions ne sont pas tenables sur le long terme.

Le numérique, obstacle ou atout dans la lutte contre l’illettrisme ?

Face à la dématérialisation des données dans la vie professionnelle, la digitalisation touche doublement les personnes en situation d’illettrisme. En effet, les outils numériques remplacent, dans de nombreux cas, le contact direct et font appel à la lecture et à l’écriture. Ajouté à cela, « l’illectronisme », soit la non-maîtrise des appareils informatiques, peut accentuer l’exclusion du salarié. L’autonomie des personnes en situation d’illettrisme en est alors très affectée et leur vie professionnelle, fragilisée. Catherine Le Floc’h explique ainsi : « Il y a de véritables problèmes au niveau des échanges par e-mails avec les clients du côté des encadrants. La direction en est bien consciente ».

Afin d’accentuer la mobilisation autour de ce sujet auprès des entreprises et des collaborateurs, l’ANLCI a mis en place, avec différents partenaires, une Charte pour que le numérique profite à tous dans le but de faire face aux évolutions professionnelles introduites par la digitalisation. Par cette Charte, les signataires expriment leur adhésion à trois principes essentiels :

  • S’engager pour que chacun maîtrise la lecture, l’écriture et les compétences de bases, une première marche indispensable,
  • Simplifier les contenus et proposer un accompagnement adapté pour l’utilisation des outils numériques,
  • Faire du numérique un levier puissant pour prévenir et lutter contre l’illettrisme, en l’utilisant pour créer de la motivation, notamment chez les jeunes.

Ainsi, le numérique ne doit pas se voir comme un obstacle mais plutôt comme un outil de lutte contre l’illettrisme. Dans cette optique, l’utilisation des serious-game peut être une réponse adaptée. Cet outil rend le salarié acteur de sa propre progression, en lui redonnant confiance en soi. Pour l’entreprise, il représente un moyen de formation alternatif pour faciliter l’apprentissage, tout en s’éloignant du modèle « scolaire ».

La bataille contre l’illettrisme est engagée, et le numérique est là pour nous aider à la gagner.

vendredi 28 octobre 2016