2.10.2015

Les nouvelles pratiques des entreprises après la réforme (étude Impakteo / Le Théâtre à la carte)

Plus d’un an et demi après la promulgation de la réforme du 5 mars 2014 qui rebat les cartes de la formation professionnelle, où en sont les entreprises vis-à-vis des nouvelles obligations qui leur incombent désormais ? Les cabinets de conseil RH Impakteo et Le Théâtre à la carte viennent de rendre publique une enquête menée en septembre 2015.

Mise en place des entretiens professionnels obligatoires pour recueillir les désirs d’évolution des collaborateurs de l’entreprise, nouvelle donne fiscale en matière de collecte au titre du plan de formation, obligation de s’assurer de la qualité des formations proposées aux salariés, communication sur l’existence du compte personnel de formation… la réforme impacte le fonctionnement des directions formation et des services ressources humaines en instaurant de nouvelles règles du jeu. L’adaptation se fait-elle en douceur ? Sur les quatre-vingts responsables RH et formation de grands groupes interrogés par Impakteo et Le Théâtre à la carte dans le cadre de cette étude, seuls quinze se sont prêtés au jeu des questions-réponses. L’enquête menée se verra par ailleurs complétée ultérieurement par les résultats d’un second questionnaire, distribué cette fois aux PME et entreprises de travail temporaire d’insertion.

69 % des entreprises prêtes pour les entretiens individuels

Les entretiens professionnels que les entreprises doivent mettre en œuvre tous les deux ans et dont la première échéance tombe le 7 mars prochain ? 69 % des sondés affirment avoir d’ores et déjà instauré des dispositifs allant en ce sens. Ils ne sont cependant que 30 % à avoir déployé des actions de formation auprès de leurs managers afin de les préparer à cet exercice. Quant à ceux qui n’ont encore lancé aucune action à ce sujet, ils sont 20 % à estimer qu’il ne s’agit pas d’une priorité pour eux, 20 % que leurs encadrants sont déjà formés à ce type d’entretiens et 30 % à annoncer leur intention de s’y mettre dans les prochaines semaines. Pour ces derniers, 67 % affirment souhaiter recourir au présentiel pour former leurs managers et 33 % préfèrent recourir au e-learning.

Ce sont d’ailleurs les managers de terrain qui, dans les deux tiers des cas, seront mobilisés pour procéder à ces entretiens qui, pour 86 % des répondants, seront menés dans la continuité des entretiens annuels d’évaluation.

Quid de la nouvelle donne fiscale induite par la réforme ? Avec des fonds mutualisés fortement touchés par la fin du « 0,9% plan de formation », les responsables formation semblent avoir compris que l’argent deviendrait plus rare et plus cher, ainsi que de la nécessité de sensibiliser leurs directions financières à ces questions. Pour l’heure, cependant, 47 % des sondés estiment que cette réduction des fonds n’a pas altéré les investissements formation de leurs entreprises, mais a contrario, 53 % redoutent une année 2016 marquée par un recul des actions financées. Néanmoins, ils assurent, à 58 %, que la réforme leur permettra de gagner davantage de liberté dans la conception de leurs projets de formation.

Le décret qualité largement méconnu…

À la loi s’est ajouté, le 30 juin dernier, un décret relatif à la qualité des actions de formation réalisées. Un texte articulé autour de sept critères censés garantir le caractère qualitatif de la formation réalisée. Problème : 40 % des sondés affirment ne jamais avoir entendu parler de ce décret. Et concernant les dispositifs d’évaluation de la qualité, en revanche, 92 % des DRH et DF interrogés affirment disposer de tels outils pour juger à chaud des bénéfices des formations effectuées pour leurs salariés. Par contre, les évaluations à froid — menées plusieurs mois après la fin de la formation – ne sont effectuées que dans 33 % des entreprises qui disposent d’outils pour le faire. Pire encore, la mesure du retour sur investissement lié à la formation passe à la trappe dans… 100 % des cas puisque les sondés indiquent ne pas posséder d’outils pour l’évaluer. A noter toutefois qu’il est normal que les sondés n’aient pas entendu parler du décret qualité puisque ce dernier vise les acheteurs publics de formations. Et que les DRH sont concernés par la qualité des formations mais pas par le décret.

Reste le cas du CPF. 87 % des responsables interrogés assurent avoir pris des mesures afin d’informer les salariés de leurs entreprises de son existence. Mais ils sont 62 % à regretter que les instances représentatives du personnel (IRP), normalement concernées par la diffusion de cette information auprès des collaborateurs, ne s’y soient qu’insuffisamment consacrées. En revanche, à la question : « Avez vous le sentiment que vos salariés ont compris le fonctionnement du CPF ? », les sondés ne sont que 7 % à répondre par l’affirmative… Afin de pallier cette situation, 85 % des entreprises indiquent que les services formation sont en mesure de constituer des interlocuteurs valables. À ce titre, d’ailleurs, 89 % des entreprises excluent la négociation d’un accord spécifique au CPF en interne.

Benjamin d’Alguerre, pour Actualité-de-la-formation

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